Éoliennes en mer à Oléron = dangers pour le patrimoine naturel

Conférence-débat du 3 novembre 2016

Pierre LE GALL

Docteur es sciences, Enseignant-chercheur en Biologie Marine à la retraite

Membre du Conseil Maritime de la Façade Maritime du Sud-ouest.

 

Introduction :

L’objectif actuel du Gouvernement français est d’implanter des centrales d’éoliennes en mer, afin d’augmenter le pourcentage d’électricité d’origine durable.

Parmi les multiples risques que l’on peut d’ores et déjà envisager, c’est au titre de biologiste marin, que je vais évoquer les modifications que pourrait subir une partie du patrimoine naturel marin charentais, à savoir essentiellement les « habitats marins » du large et les mammifères marins.

Statut régional actuel : 

Le site du projet est localisé au large de l’île d’Oléron et de l’embouchure de La Gironde, et entièrement à l’intérieur du Parc Marin de l’estuaire de La Gironde et des Pertuis Charentais.

Fonctionnement général :

Les eaux superficielles de ce territoire sont celles du panache d’eau sortant de La Gironde. Le phytoplancton est la production organique primaire exploitée par des myriades de petits crustacés, puis par des poissons bleus, avant les oiseaux pélagiques et les mammifères marins. Au large des  îles charentaises se situent des zones d’hivernage très importantes au plan mondial pour de nombreux oiseaux de mer.

Les eaux profondes sont le site de phénomènes de sédimentation de matières organiques détritiques. Cette matière organique va permettre le développement de diverses espèces benthiques.

Les sédiments sont des sables fins enrichis en particules argileuses venant de l’estuaire. L’habitat benthique correspond à des zones de nurserie et de nourrissage pour plusieurs espèces de poissons (esturgeons, soles, céteaux, …), de crustacés (crevettes grises), d’annélides et de petits mollusques bivalves.

Enfin, cette région est un important lieu de passage pour des poissons migrateurs qui remontent la Gironde pour aller se reproduire en eaux douces. Les plus classiques sont les esturgeons, lamproies, aloses, saumons. Mais il y a aussi le maigre, espèce patrimoniale charentaise. Pour toutes ces espèces, l’entrée de la Gironde est repérée grâce à des odeurs et des bruits.

Les risques d’impacts sur le milieu biologique marin:

Impacts temporaires :

Remaniement des sédiments

Provoqués par l’enfoncement des pieux et les fouilles nécessaires pour  enfouir les câbles électriques, il y aura des remises en suspension massives des constituants les plus fins qui entraineront  l’étouffement d’espèces benthiques et des mortalités massives dont les activités de pêche au large d’Oléron subiront les conséquences.

Production de vibrations

Le « battage » des pieux ou encore le fonctionnement des diverses machines utilisées en immersion pour les fouilles vont être source de vibrations qui vont venir perturber tout le « système sonore » sur la zone des travaux, mais aussi sur des surfaces beaucoup plus importantes que celle du seul parc éolien. Les effets se feront sentir sur les systèmes de communication et sur le comportement des espèces sensibles telles que les mammifères marins.

Une partie non négligeable de ces vibrations diffusera au sein des couches sédimentaires. Leurs effets vont totalement modifier la structure des sédiments. Le tassement et le compactage qui en résultera auront des effets très négatifs sur les populations d’espèces fouisseuses (annélides, crustacés, bivalves). Leur disparition entrainera celles de leurs espèces prédatrices et par voie de conséquence sur l’ensemble des activités économiques qui en dépendent (pêche).

Impacts permanents :

Perturbations du transit et du dépôt des sédiments

Ce thème sera développé par Bernard DURAND

Perturbations de la production phytoplanctonique

Le phytoplancton se développe dans les volumes d’eau où il trouve à la fois les nutriments et la lumière.

Sur le site concerné, ces conditions se rencontrent normalement sur une fine couche d’eaux superficielles sortant de La Gironde. La présence des éoliennes va générer des remous importants sur toute la hauteur de la masse d’eau qui vont déstructurer les masses d’eau et dénaturer le fonctionnement du Phytoplancton. L’apparition de blooms phytoplanctoniques sera multipliée avec parfois des espèces toxiques.

Ce sera donc toute la chaine trophique marine qui sera affectée, bien au-delà des limites du parc éolien.

Perturbations vibratoires

Les pieux et les câbles traversant toute la couche liquide vont subir des frottements qui seront à l’origine de vibrations de l’eau.

Le battement des pales sera accompagné de vibrations répétitives transmises au milieu liquide par l’intermédiaire des structures sous-marines.

Les mammifères marins seront affectés car ils communiquent entre eux par des sons codés. La réception de nouveaux sons rendra impossible leur système de vie en groupe.

Ils se positionnent dans l’espace et localisent leurs proies par écholocalisation qui sera perturbée.

Les poissons et autres animaux utilisent les vibrations du milieu pour se diriger lors de leurs migrations. D’autres s’en servent pour vivre en groupes.

L’émission permanente de nouvelles vibrations présente donc de gros risques de perturbation.

Pollutions chimiques des eaux marines

L’utilisation de produits antifouling sur les structures immergées, de traitements de surface pour éviter la corrosion des métaux conduira à ce qu’unepartie des substances sera lessivée vers la mer.

Les anodes métalliques subiront une lente dissolution et libéreront leurs composants (Aluminium, métaux lourds, etc.) dans les eaux.

Les fuites d’huiles de lubrification seront sources de pollutions de surface.

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